Au Damas rouge, rue du Rempart à Tours

Parmi les maisons de soyeux tourangeaux, celle de la famille Croué a eu une période d’activité assez courte, concentrée sur deux générations. L’histoire de cette famille nous est connue et peut être reconstituée à partir des documents conservés aux Archives Départementales, des actes de création d’entreprises et des archives familiales privées.

Dans la Gazette n°47 (les Gazettes sont les publications de TCS envoyées aux adhérentes), nous avons déjà abordé quelques souvenirs de cette famille à l’occasion de la remise de la navette d’argent à Chantal Croué. La passion de celle-ci pour cette entreprise familiale l’avait conduite avec son frère, d’abord en 2001 puis à plusieurs reprises, au don de nombreuses étoffes à notre association. Nos remerciements sont et seront toujours renouvelés.

Le premier Croué connu est Louis Pierre Croué (1754-?) mais l’histoire connue de la soie dans la famille ne commence qu’avec son petit fils, Louis-Henry Croué. La soierie de Louis-Henry, sur métier Jacquard, se développe à Tours à partir de 1847. En 1852, Louis-Henry s’associe avec Frédéric Pillet-Roze, 86 rue de la Riche, qui devint ensuite Frédéric Pillet fils. L’’association prenant fin en 1862. Une nouvelle association apparaît en nom collectif Croué et Gillier, puis avec les fils de Louis-Henry : Elie-Marie et Henri-Antoine Croué. Les Croué participent avec Pillet Roze et Fey et Martin à plusieurs Expositions universelles et rapportent plusieurs prix en France et à l’étranger. Le succès est au rendez-vous, la qualité des étoffes reconnue. Ils obtiennent des médailles en 1852 (distinction pour « un travail de qualité »), 1854, 1867, 1878 et 1904. Forts de ces résultats heureux, les Croué n’en demeurent pas moins attachés à la vie tourangelle. Bien que les bureaux de l’association Croué et Gillier se trouvent à Paris, 15 rue Grange Batelière, les ateliers se situent à Tours, du 29 au 33 rue du Rempart. En 1872, lors de la constitution de la société Croué et fils,  le magasin Au Damas Rouge, sis 29 rue du Rempart est né. Les frères Croué conservent le siège social à Paris. Ils résident soit à Tours, soit à Paris où, en 1890, un nouveau magasin voit le jour au 121 boulevard Haussmann. Si ces lieux et ces dates sont précis, le nombre d’ouvriers et de métiers demeure une estimation qui s’établit pour 1862, à près de 100 métiers, ce qui est analogue aux autres manufactures, et environ 250 ouvriers et employés, ce qui est un chiffre important pour une maison. 

Quant aux étoffes elles-mêmes, la qualité, l’aspect technique et esthétique sautent aux yeux. Les étoffes sont lourdes, serrées, les fils et la couleur sont solides. Les motifs sont ancrés dans l’esprit de l’époque ou bien sont tout à fait originaux. Sans surprise, les damas rouges sont nombreux. Rappelez-vous : le magasin des frères Croué se nommait Au Damas Rouge. Les couleurs sont éclatantes et les dessins délicats. Dans cet ensemble, on relève toutes les qualités de tissage traditionnelles aux soieries d’ameublement : damas, brocatelles, lampas, velours, droguet…

Certains morceaux sont grands, d’autres petits. Il s’agit en général de coupons, ou carrés d’échantillonnage restant de la manufacture. Ils n’ont pas été confectionnés et ont été conservés en très bon état. Après de belles années, l’activité de la Maison Croué cesse en 1902, puis reprend en 1904 pour s’arrêter définitivement en 1914 à cause de la guerre. Les deux frères, Henri Antoine et Elie Marie, avant de décéder à Neuilly (1935) et à Tours (1939), ont fait don, en 1933, de coupons et d’échantillons à la ville de Tours à l’occasion de l’exposition organisée à l’Hôtel de Ville lors de la Grande Semaine de Tours. Cette collection est conservée depuis 1972 au musée des Beaux-Arts de Tours.

Le 24 novembre 2008, l’association TCS a eu le plaisir de remettre la Navette d’Argent à Mme Chantal Croué. En 1999, Chantal Croué et son frère Jacques choisissaient de donner à TCS une importante collection personnelle et familiale d’étoffes ainsi que de recueils précieusement conservés au fil du temps, issus de l’ancienne Manufacture Croué située au XIXème siècle rue du Rempart à Tours.

D’une qualité d’exécution et dans un état de conservation remarquables, plusieurs de ces étoffes (lampas, damas...) ainsi qu’un livret aux nombreuses photographies de tissus de la collection ont suscité l’admiration des membres présents pour la remise de la navette. Avec beaucoup d’émotion, Chantal Croué a reçu (ainsi qu’au nom de son frère) la Navette d’Argent des mains de monsieur Claude Bourdin représentant de monsieur Devineau, adjoint au maire de Tours, en charge du Patrimoine. Réunis en petit comité, les membres de TCS se sont associés aux souvenirs de la famille Croué et aux anecdotes surprenantes, sinon amusantes, contées par Chantal Croué avec la verve d’une historienne passionnée. On se souviendra du violoncelle de son oncle Elie et de l’ouvrier en soyes Abel. Chantal Croué nous a rappelé que c’est grâce à sa rencontre avec Bernard Macaire au salon du Patrimoine au Carrousel du Louvre en 1998 et à sa connaissance de F. Siriex, amie de jeunesse, qu’elle a connu TCS et que l’idée d’une donation a vu le jour.

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