Le Camp du Drap d’Or : le contexte politique et diplomatique 

David POTTER (Professeur, Université du Kent, Grande Bretagne)

Le Camp du Drap d’Or – ou le « Triomphe d’Ardres » comme on l’a décrit à l’époque - dédié aux arts de la paix, n’a pas réussi à éviter le début d’une longue période de guerre. Les historiens ont été amenés à le considérer comme « beaucoup de bruit pour rien », compte tenu de l’avancée rapide vers la guerre après les rencontres de Henry VIII et Charles-Quint, rencontres qui eûrent lieu avant et après les réjouissances à Ardres-Guînes. 

Récemment, les historiens ont eu raison d’explorer plutôt les dimensions culturelles de l’évènement et les dimensions symboliques des fêtes royales, le dispositif matériel de la rencontre des souverains et l’approche archéologique et cartographique. Mais compte tenu de l’énorme investissement financier, j’ai voulu revoir le contexte géopolitique et m’interroger sur les raisons pour lesquelles, pendant ces deux semaines de juin 1520, on a dépensé autant, en trésorerie et en travail. 

Je vais souligner un remaniement profond et inquiétant des relations entre les états dynastiques entre 1515 et 1520, l’incertitude des relations internationales. Avec les avènements de François Ier et Charles-Quint, le système des pouvoirs européens devient plus complexe et plus instable, le coût de la guerre potentielle plus lourd et les risques plus extrêmes. Les rencontres personnelles des princes souverains en 1520 sont en quelque sorte une réponse à ces menaces. 



 

Mythes et réalités du Camp du Drap d’Or

Didier LE FUR (historien)

Les rencontres diplomatiques entre souverains, parce que rares, étaient toujours entourées d’un faste certain. Celle qui réunit François Ier et Henry VIII d’Angleterre au printemps 1520, près de Calais, appelée le Camp du drap d’Or, parut aux contemporains, plus exceptionnelle que toutes les autres, tant par sa durée que par les sommes dépensées pour sa réalisation. Si dans les faits, l’entrevue ne fit que confirmer des pourparlers et entériner des accords engagés depuis plus de deux ans, elle resta dans les livres d’histoire un temps de gloire, l’exemple type d’une fête royale d’une époque prétendue nouvelle, appelée depuis le XIXe siècle, la Renaissance française. Reste que l’on ne pouvait oublier non plus qu’Henry VIII ne tint pas ses promesses. Une rupture d’engagements qui éveilla les tentations romanesques de certains et qui aidèrent à la fabrication de légendes tout autour de cet évènement, l’imposant plus encore dans l’imaginaire collectif, jusqu’à en faire un élément déterminant du règne de François Ier. C’est à la recomposition de cette entrevue et aux légendes qui se sont peu à peu accolées à elle que Didier Le Fur consacrera sa conférence.         




 

L’édification du Camp du Drap d’Or par les artisans de Tours

Aurélie MASSIE (Archiviste-paléographe, Docteure en histoire)

À l’occasion de l’entrevue du Camp du Drap d’Or, Guillaume de Seigne, trésorier et receveur général de l’Artillerie se vit confier dès le 22 février 1520 par lettres patentes du roi, la charge de tenir le compte des paiements pour la fabrication des tentes et pavillons de soie et de toile à Tours et leur acheminement jusqu’à Ardres, près de Calais. 

C’est à Tours, ville réputée pour la qualité de ses soieries, qu’une partie des tissus fut commandée et que les somptueuses tentes du Camp du Drap d’Or furent assemblées. Des centaines de couturiers, de fabricants de tentes, de charpentiers, de menuisiers et de forgerons se relayèrent entre février et mai dans la salle de l’archevêché et dans le château de Tours, travaillant jour et nuit à l’assemblage de plus de 300 pavillons qu’ils vinrent parer de soieries, passementeries, draps d’or et fleurs de lys. 

Cette intervention retracera les étapes de l’édification du Camp du Drap d’Or, depuis les commandes de matériaux et le travail des artisans tourangeaux, jusqu’à l’acheminement des pavillons sur une centaine de charrettes et plus de 400 chevaux vers le lieu de l’entrevue.




 

Tours capitale des “draps d’or et d’argent et de soye” en 1520 

Isabelle GIRAULT (Tours, Cité de la Soie)

En 1520 Tours vit au rythme du battement des métiers à tisser la soie. Au cours des 50 années précédentes la ville est devenue, sous l’impulsion de Louis XI, la capitale de la production des tissus de soie en France. 2000 ouvriers travaillent dans les ateliers des « Maîtres ouvriers en draps d’or d’argent et de soye ».

Nous parcourerons la ville, des ports de la Loire recevant la soie grège aux boutiques des marchands, des ateliers des tireurs d’or aux chaudrons des teinturiers. Nous découvrirons le parcours personnel de quelques hommes au cœur de ces métiers.

Nous entrerons dans les centaines d’ateliers familiaux où les mains habiles travaillent le fil de soie : filage, dévidage, moulinage, ourdissage et tissage, permettant de réaliser les luxueuses soieries que sont le taffetas, le satin et le damas. Et nous suivrons le mariage subtil de la soie et de l’or jusqu’à son aboutissement : les célèbres « draps d’or et d’argent ».



 

Fils et tissus d’or et d’argent  d’après le Livre de compte de Guillaume de Seigne, 1520

Chiara BUSS  (Università Cattolica di Milano - Italie)

À partir de la transcription du livre de compte, il est possible de reconnaître exactement 3 types de fils métalliques, ainsi que 4 tissages et un type de broderie rapportée qui incorpore ces fils. Les termes utilisés par Guillaume de Seigne pour décrire ces œuvres ont été corrélés avec ceux des documents du Ducato de Milan des années 1480-1540, en tenant compte de trois facteurs essentiels: d’une part, en 1520 le Ducato de Milan était régi par François Ier, d’autre part les fils métalliques milanais étaient considérés comme les meilleurs du monde occidental et étaient exportés dans toute l'Europe et le Moyen-Orient, et enfin certaines cartouches brodées rapportées nécessaires à la construction des tentes du Camp semblent avoir été commandées à Milan. 

Nous présenterons des tissus d'or produits à cette époque à Milan, actuellement conservés dans des collections publiques ou privées. Des images de ces tissus d’or, des macrophotographies et les résultats d'analyses de laboratoire seront montrés ainsi que les fils métalliques qui les composent, afin d'illustrer les systèmes de traitement et les caractéristiques spécifiques (composition chimique, caractères morphologiques, systèmes de dorure) qui les différencient des mêmes fils produits dans d'autres centres européens et du Moyen-Orient.


 

Le Camp du Drap d’Or numérique (1520-2020)

Isabelle PARESYS, Jérémy CUNDEKOVIC, historiens et Christophe RENAUD, informaticien (Université de Lille et Université du littoral)

Le Camp du Drap d’Or numérique est un programme de recherche qui vise à restituer en images numériques 3D les principales infrastructures de prestige de la rencontre des cours de France et d’Angleterre qui se tint entre Guînes et Ardres en juin 1520, dans le Calaisis. Le programme associe depuis 18 mois historiens et informaticiens de l’image numérique de l’université de Lille (IRHiS – CNRS) et de l’université du Littoral (LISIC, Calais), dans les Hauts-de-France où se tint l’évènement qui visait à illustrer la splendeur et la magnificence de François Ier et d’Henry VIII d’Angleterre.

 Nous présenterons une première restitution numérique de la topographie du site historique et des emplacements des infrastructures, le complexe des tentes royales françaises qui comprenait l’impressionnant « grand pavillon de drap d’or » de François Ier ainsi que le prestigieux « Cristal Palace » d’Henry VIII. Ces deux pièces majeures de l’évènement avaient pour caractéristique d’impressionner les contemporains par leurs dimensions et par les effets de lumière provoqués par leurs matériaux de grand luxe.

Nous expliquerons comment nous sommes parvenus à cette première version de la restitution numérique de ces infrastructures de prestige. Nous aborderons aussi le problème posé par la reconstitution à l’écran des draps d’or aussi bien sur le plan historique qu’informatique.


 

Faire triompher la paix par des tournois : le pas d’armes du Camp du Drap d’Or.

Pascal BRIOIST, CESR 

L’entrevue du Camp du Drap d’Or fut avant tout un gigantesque tournoi destiné à concrétiser l’alliance entre la France et l’Angleterre. On dispose de plusieurs sources pour le décrire, d’une part, du côté français de L’ordonnance et ordre du tournoy, joustes, et combat à pied & à cheval, publiée dès 1520, qui donne la liste de tous les combattants (près de 200 pour chacune des trois compétitions! ) et du côté anglais, des résultats des affrontements en combats singuliers et toutes les archives de la préparation (achat des armes, préparation des chevaux, transport en bateau à Calais etc.). Déployer sa magnificence armée était, pour les monarques, un moyen de déployer sa force. Afin de comprendre l’événement qui s’est déroulé sur près de 15 jours au son des trompettes, des sacqueboutes, des flutes et des tambours, il convient d’exposer toute la matérialité du fait d’armes (armures, lances et épées, harnachements des chevaux, costumes, espaces des combats …) et d’en expliquer la symbolique.  On évoquera par ailleurs les divers types de combats : à cheval mais aussi à pied à l’épée à deux mains ou encore les affrontements à la lutte, et l’on essaiera de rendre compte des arts martiaux du temps.

On présentera aussi quelques-uns des héros du pas d’arme : les monarques eux-mêmes mais aussi des personnages comme Robert de la Marck, seigneur de Florange, Galeazzo Sanseverino, Grand Ecuyer de France ou le jeune Jean III, seigneur de Rambures, d’un côté, Henry Courtenay, Comte de Devon, Henry Somerset, Lord Herbert, Edmund Howard, héritier du duc de Suffolk etc., de l’autre.

La compétition était perçue comme un signe de bonne volonté pacificatrice de la part des deux camps, mais le résultat diplomatique fut-il à la hauteur des espérances de chacun ?



 

La gastro diplomatie à la Renaissance, ou l’art de faire de la diplomatie autour de la table.

Bruno LAURIOUX (Institut Européen d’Histoire et des Cultures de l’Alimentation – CESR – Université de Tours)

L'entrevue tenue entre François Ier et Henri VIII du 7 au 24 juin 1520 et connue sous le nom de Camp du Drap d'Or ne fut pas seulement un temps fort de la diplomatie européenne mais aussi un événement gastronomique. 

Grâce à des comptabilités et à des relations du temps, nous pouvons voir à l'oeuvre une véritable "gastrodiplomatie", où compétition et ostentation se manifestent dans l'ampleur et le raffinement des mets qui y furent servis. La cuisine qui en ressort n'est guère différente de celle que l'on peut lire dans les recueils de recettes du XVe siècle: épices, sucre, goût pour les volailles en constituent les caractéristiques les plus frappantes. Telle quelle, elle durera jusqu'au milieu du XVIIe siècle, au moins en France. Car la cuisine anglaise, que nous révèlent aussi les documents de 1520, est restée bien plus longtemps fidèle aux principes médiévaux.

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